Empreintes fugitives

Les gens qu'on aime #11


Quelqu’un qui nous a fait découvrir quelque chose


Son nom a resurgi de ma mémoire alors que je discutais avec un des bénévoles de mon association et que nous évoquions les foyers accueillant des adolescents placés par décision judiciaire. Ces lieux de vie où le quotidien est très difficile aussi bien pour ceux qui y grandissent que pour ceux qui les accompagnent dans ce cheminement souvent douloureux, j'en ai connus plusieurs au cours de ma vie professionnelle.

J'ai découvert cet univers grâce à Maurice C., directeur d'école à Saint-Etienne dont j'avais fait la connaissance alors que j'étais étudiante. Il m'avait d'abord recrutée pour faire "les études surveillées", ce service que les instituteurs devaient à leur école, ancêtre du périscolaire actuel. Lorsque les enseignants avaient des contraintes familiales qui les empêchaient de rester jusqu'à 18 heures pour garder les élèves et les aider à faire leurs devoirs, le directeur se chargeait de recruter des étudiants. Pendant plusieurs années je fis donc les études dans l'école d'un quartier de Saint-Etienne particulièrement difficile.
A la fin de la première année, Maurice C. me demanda si j'étais d'accord pour travailler durant l'été comme monitrice dans la colonie qu'il dirigeait . Il s'agissait d'un établissement appartenant à la ville de Saint-Etienne, situé au cœur du massif du Pilat et qui accueillait des enfants défavorisés de la commune. Une partie importante de l'effectif était constituée de filles et de garçons venant d'un foyer d'accueil de la banlieue stéphanoise à qui étaient offertes ces vacances : ils quittaient ainsi un dortoir pour un autre!!

Le bâtiment était vétuste, situé au bord d'une route départementale que les enfants devaient traverser pour aller jouer dans le grand parc. Un poêle à bois chauffait chaque dortoir et je me souviens des rangées de bacs alimentés par de l'eau froide où ils faisaient leur toilette, les douches en ligne, sans séparation.
Le petit groupe de moniteurs, trois garçons et autant de filles, si je m'en souviens bien, était encadré par Maurice C., l'intendance était assurée par sa femme.
Sec et maigre, petites lunettes cerclées de métal, sarrau gris qu'il ne quittait que pour un pantalon de velours et un pull austère lorsqu'il nous accompagnait dans une sortie avec les enfants, il incarnait parfaitement l'instituteur dont le métier était chevillé au corps. Intransigeant et sévère mais juste, il adorait ces gamins difficiles à mener, souvent rebelles. Un peu d'attention, un sourire suffisaient à révéler le besoin d'amour dont ils débordaient.

Les pensionnaires du foyer étaient reconnaissables à leurs maillots à côtes, à leurs chaussettes de laine marron tricotées, à leurs shorts en grosses toiles et aux lourds brodequins qu'ils portaient quel que soit le temps.


pavezin_2.jpg, nov. 2020

L'été filait sans qu'on s'en aperçoive, rythmé par les activités, les jeux de pistes, les trois jours de camp passés sous la tente à une dizaine de kilomètres de la colonie, les parties interminables de tarot le soir, lorsque les mômes étaient enfin couchés, les réunions avec Maurice C., intransigeant sur les règles à suivre et les objectifs à tenir mais toujours à notre écoute. Il se montrait affectueusement complice lorsque, certaines nuit, ceux qui n'étaient pas de garde s'échappaient pour aller à la maraude dans les vergers de pêches et d'abricots sur les pentes qui descendaient vers le Rhône.

pavezin_3.jpg, nov. 2020

pavezin_0.jpg, nov. 2020

Commentaires

1. Le 18 novembre 2020, 02:20 par Dr. CaSo

Quels souvenirs} Tristes et heureux à la fois, la vie ne devait pas être facile pour ces gamins mais heureusement qu'ils vous avaient :)

2. Le 18 novembre 2020, 07:36 par Anthom

C'est une expérience qui a compté énormément pour moi et les enfants de Saint-Paul ont contribué à façonner ce qui a été mon idéal professionnel.

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet