Empreintes fugitives

Les gens qu'on aime #9


Tant pis j'en saute, j'y reviendrai plus tard...


quelqu’un avec qui on a travaillé

Alors là, je n'ai pas eu besoin de réfléchir une seconde...
J'ai fait la connaissance de Jean Claude lorsque j'ai pris mon premier poste fixe. Mon mari et moi nous étions installés deux ans auparavant au sud de Lyon dans un appartement qui dominait le Rhône et depuis le balcon duquel nous avions la chance, certains jours, d'apercevoir toute la chaîne du Mont-Blanc. Notre fille aînée allait bientôt souffler sa deuxième bougie.

jc_1.jpg, nov. 2020

Jean Claude était plus jeune que moi mais de la même génération, nous avons immédiatement sympathisé. Nous avions des classes communes, une conception de l'enseignement identique, il compensait mon audace un peu rentre-dedans à l'égard de la hiérarchie par un grand calme et beaucoup de diplomatie.
Dès la première année je l'entraînais dans un projet de classe verte autogérée avec des élèves de Sixième, j'étais à l'époque une adepte de la pédagogie de Freinet (si ce nom peut encore évoquer quelque chose aujourd'hui!).
A partir de là il n'y eut plus une seule année sans projet commun, classes vertes, voyages (de préférence avec les classes qui posaient le plus de problèmes...ce sont eux, disais-je à qui on doit offrir des destinations qu'ils ne verraient sans doute jamais…), expériences de décloisonnement des classes, coopératives…

J'ai eu la grande chance d'avoir toujours été soutenue par les chefs d'établissements sous les ordres desquels j'ai travaillé. Au hasard des années d'autres collègues nous rejoignaient pour mener à bien le projet de l'année.

Jean Claude était originaire de Haute-Loire, il avait fait ses études à Clermont et se trouvait un peu exilé sur les terres lyonnaises. Il habitait un meublé minuscule, triste à mourir, aussi venait-il très souvent manger le soir chez nous. Mon mari l'appréciait beaucoup, ma fille l'adorait et les soirées s'étiraient interminablement au gré des discussions souvent bien arrosées. Tout y passait: la politique, la philosophie, la religion, l'informatique, la pédagogie…
Nous sommes restés dans cet appartement jusqu'en 1981, l'aînée de nos filles partageait sa chambre avec sa sœur née en 1980 ; ma sœur dont les 18 ans étaient pétris de révolte et de désir de liberté, venait souvent passer la fin de semaine chez nous pour échapper au climat tendu qui régnait alors avec mes parents. Elle se joignait aux soirées avec Jean Claude qui faisait preuve d'une patience infinie face à ses provocations permanentes.


Nous allions régulièrement au cinéma, nous écumions les salles d'art et d'essai, nous avions créé un ciné-club au collège qui occupait certains soirs de la semaine, mon mari gardait alors nos filles.
Au début de l'été nous nous réunissions avec une collègue qui faisait toujours équipe avec nous, nous passions quelques jours à la campagne, chez mes parents, et nous préparions la rentrée de septembre, les projets de travail en commun, l'activité qui serait le fil rouge de l'année…

Nous avons travaillé ainsi de 1978 à 1995, date à laquelle j'obtins ma mutation pour un lycée du même secteur, j'avais envie de faire d'autres choses…

Mais nous ne nous sommes jamais perdus de vue grâce à ma sœur, dont le caractère s'était bien adouci au contact de ce grand jeune homme posé qui ne se formalisait jamais de ses incartades. Et, en 1987, Jean Claude devenait très officiellement mon beau-frère!


jc_2.jpg, nov. 2020

Commentaires

1. Le 15 novembre 2020, 07:41 par Valérie de haute Savoie

Très chouette histoire :)

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