PAROLES FUGACES

Mots tracés sur le sable, petits écrits virtuels, images rêvées...

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Mot-clé - réminiscence

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mercredi 17 avril 2013

Quand les haies refleurissent...


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Avec quinze jours de retard sur l'an dernier (et je constatais déjà que leur floraison était tardive!), les aubépines font courir un feston blanc sur les haies autour de chez nous.
Adolescente, lors des premiers printemps passés à la Grange Neuve, je faisais des bouquets d'aubépines que je plantais dans des pots de fortune pour égayer les travaux dans la maison.Et, ce faisant, je mettais ainsi en colère ma grand-mère qui me répétait inlassablement: "On ne fait pas entrer les aubépines dans la maison, cela porte malheur..."
J'ai cherché en vain les origines de cette superstition que l'on retrouve en effet dans certaines régions, alors que, le plus souvent l'aubépine apparaît dotée de nombreuses vertus!

mercredi 20 mars 2013

Chose promise...

Voici donc, comme promis hier la cafetière Hellem qui enchanta mon enfance:

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Je n'ai pas réussi à remettre la main sur le réchaud à alcool . Le tube qui se trouve à côté de la cafetière est destiné à recevoir le récipient du haut lorsque l'on veut servir le café. (On dirait un lampadaire...)

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Le café se faisait alors sur la table, il s'agissait d'un cérémonial qui nécessitait qu'on ne soit pas trop pressé! Autant qu'il m'en souvienne, mes parents ne s'en servaient pas au quotidien! Avant l'arrivée à la maison de la cafetière électrique, J'ai successivement connu la "Débelloise" ou "Débelloire" du nom de son inventeur, en porcelaine, dans le filtre de laquelle on mettait un peu de coton, puis le marc de café, puis la cafetière italienne à vapeur que mon père appelait la "lessiveuse".

dimanche 17 mars 2013

Boite d'essais

Mon père a eu deux vies professionnelles. Dans sa seconde, la plus longue, il était opticien-acousticien. Il avait noué des liens d'amitié avec l'un des médecins ophtalmologistes avec lesquels il travaillait. Mon père était encore en activité lorsque celui-ci prit sa retraite, il lui fit alors cadeau de la "boite d'essais" qui l'avait accompagné toute sa carrière durant.
Souvent, lorsque je rendais visite à mes parents, je soulevais le couvercle de cette boite magique qui occupait toute une case de la bibliothèque et dont les éléments me semblaient autant de syllabes d'une langue étrangère!
Son coffret est en bois précieux, incrusté de cuivre; à l'intérieur, elle est habillée d'un velours destiné à protéger les verres fragiles qu'elle contient et que les innombrables manipulations ont usé et terni.

boite d'essais

J'en ai à mon tour hérité et, lorsque j'en dévoile le contenu, la magie opère toujours...

lundi 17 décembre 2012

Dix-sept


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Il y a cinquante ans, jour pour jour, naissait ma petite sœur,
Bon anniversaire sœurette!

lundi 8 octobre 2012

Cinq ans, déjà!


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C'était, comme aujourd'hui, un Lundi,
C'était le 8 octobre,
Il était neuf heure et quart du matin et je commençais un cours avec mes élèves de Seconde,
Le proviseur-adjoint a frappé, est entré et m'a demandé: "Je peux vous parler une minute?"; une surveillante qui l'accompagnait s'est installée au bureau pour garder la classe.

Lorsque nous avons été face à face, dans le couloir, derrière la porte fermée, j'ai deviné...


La veille, nous avions passé la journée dans le Beaujolais avec notre fille aînée et notre gendre, en rentrant j'avais mis sur mon blog d'alors une photo des vignes dévalant les coteaux, que je trouvais sympa.
Je l'avais ensuite appelé comme tous les soirs, pour vérifier qu'il y avait bien quelqu'un à l'autre bout du fil.
Le soir, je m'étais vaguement disputée avec notre fille cadette, pour une bêtise, mais cela m'avait gâché un peu la belle journée...

Mon père est mort, il y a tout juste cinq ans...

mercredi 23 novembre 2011

La couleur des souvenirs

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L'autre jour, comme chaque semaine, je rejoignais, le Lyonnais "par la montagne" pour aller rendre visite à ma mère. Très vite, je plongeai dans un vrai brouillard d'automne qui s'insinuait entre les arbres dans la combe sinueuse qui suit la route et qui habillait de gris tout le paysage: les troncs et les branches des arbres à présent pratiquement dépouillés de leurs feuilles, les murs de pierre des vieilles bâtisses accrochées au flanc des collines, les rochers qui affleurent çà et là au détour d'un virage. A cette heure matinale, j'étais pratiquement seule sur la route et j'étais enveloppée de cette atmosphère grise, comme brusquement transportée dans un vieux cliché noir et blanc. J'ai alors réalisé que beaucoup de mes souvenirs d'enfance avaient cette couleur-là!
J'ai grandi rue Désiré Claude, une rue parfaitement rectiligne, parallèle à la "Grand'Rue" traversant Saint-Étienne du Nord au Sud. La fenêtre de ma chambre ouvrait sur cette rue étroite, juste en face de l'usine "Vallourec" dont notre étage surplombait le toit sombre de l'entrepôt. Au-delà, j'apercevais l'arrière des maisons de la rue Émile Littré: balcons étroits aux rambardes en fer, sur lesquels s'érigeaient les "cabinets" en planches grises. Du linge aux couleurs indéfinissables séchait éternellement sur les cordes tendues.
En me penchant sur la droite j'apercevais l'étrange "pavillon chinois", construction tarabiscotée en bois presque noir qui s'érigeait à l'entrée de la rue et qui fut détruit plus tard dans un incendie.
Au dessus de l'horizon tracé par la rue Émile Littré et, derrière elle, par la rue Claude Delaroa, les wagonnets de charbon du puits Couriot, dont je suivais les minuscules silhouettes noires dans le ciel d'ardoise, montaient et descendaient interminablement.
Saint-Étienne était une ville minière et, enfant, je n'imaginais pas que des façades d'immeubles puissent avoir une autre couleur que grise ou noire!
L'entourage familial également se déclinait en noir et blanc: les blouses gris anthracite de mon grand-père, les tenues austères de ma grand-mère toujours en deuil d'un membre de sa famille et que je n'ai jamais vue éclairée de la moindre note colorée, si ce n'est le mauve pâle qu'elle s'autorisa durant les dernières années de sa vie, avant la mort de son mari qui l'habilla de nouveau de noir pendant l'année où elle lui survécut.
Les clichés que je possède de cette époque étant en noir et blanc, j'ai du mal à faire surgir de ma mémoire des visions colorées. La couleur fera irruption dans mes souvenirs d'enfance avec les chaudes nuances rouillées des feuilles que je ramassais à l'automne, avec le jaune éclatant des jonquilles dont nous ramenions des brassées au printemps, avec les couleurs vives tricotées ou cousues pour moi par ma grand-mère qui aimait m'habiller de teintes lumineuses.

mercredi 16 novembre 2011

Echo

En écho au commentaire de Lynxxe sur mon précédent billet...

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Ce livre de contes qui date de 1932 me venait de ma mère et, enfant, j'étais fascinée par sa couverture. Le contenu en était plus rébarbatif et je lui préférais les illustrations magiques des Contes Verts de ma Mère-Grand datant de 1926 qu'elle m'avait également légué.

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vendredi 11 novembre 2011

Les coquelicots de la mémoire


coquelicots.jpg Dans la Somme, en février 2007

albert.jpg Le cimetière d'Albert, dans la Somme

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la mort au fond des tranchées...
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Mon grand-père maternel en 1916, il avait 19 ans!

lundi 7 novembre 2011

Marchés (juillet 1973)


Marchés...Dans chaque village, chaque oasis, ils sont foyers de vie, creusets d'interminables palabres nées pour le morceau d'étoffe ou la théière dont on veut faire baisser le prix, certains riches de couleurs, d'odeurs, d'autres misérables - à peine quelques vieillards assis auprès de couffins remplis de dattes fermentées ou entourés de courgettes et de melons sans saveur-.
Marchés...Ils ont tous quelque chose à offrir: c'est une fête des sens qui explose sur chaque place brûlée de soleil et dans chaque ruelle, le long des boutiques où l'eau fraîche gonfle le guerba accrochée à l'entrée.
A Blida, la nuit envahit les rues. Depuis les avenues européanisées jusqu'à l'ancienne "ville coloniale", le marché descend, barrant les impasses et accrochant une foule de vendeurs habiles et de charrettes croulant sous les fruits le long des ruelles sombres. Les portes des boutiques s'ouvrent sur les tailleurs figés dans une pose immuable devant d'antiques machines à coudre. Les couffins remplis d'épices et de graines mystérieuses à l'odeur entêtante débordent des échoppes, les gamins se faufilent à travers la foule qui va l'un marchand à l'autre.
Foule placide et curieuse, dans laquelle on n'aperçoit pratiquement pas de femmes.
Impassibles, assis en tailleur sur la chaussée, deux vieillards jouent aux échecs, indifférents à l'agitation.
Parfois une porte décorée d'arabesques et d'entrelacs s'ouvre sur les vapeurs du hammam, répandant sa chaleur dans de mystérieux couloirs éclairés par des lampes voilées de rouge.
Deux heures plus tard, il ne restera que les fruits éclatés et pourris gui rendent la chaussée glissante, les amas de déchets dans lesquels les gamins viennent fouiller à la recherche de quelque chose qui puisse être récupéré. Les ruelles auront retrouvé leur calme, entourées de murs aveugles aux portes fermées.
Dans le Sud, les marchés s'éparpillent sur les places, les échoppes s'abritent sous les arcades. Étalages hétéroclites où la théière en argent voisine avec la série de cuvettes émaillées drôlement rangées de la plus petite à la plus grande. C'est une débauche de valises, de réveil-matin,d'objets inutiles et désuets dans ce décor gui confère aux choses une autre valeur.
A dix-sept heures quand renaît le marché de Gardhaia, la chaleur est encore accablante mais la semi-obscurité des boutiques et les parcelles d'ombre projetées par les arcades blanches donnent une illusion de fraîcheur. C'est l'odeur des étals de viande gui surprend d'abord: forts relents de mouton, avivés par la chaleur, rendus presque palpables par le bourdonnement des mouches qui s'agglutinent autour des têtes couvertes de sang séché. Toutefois, on s'habitue vite aux mouches et à l'odeur du mouton masquée par tous les parfums gui imprègnent ces rues étroites! Entêtant, celui des épices ...plus subtil, mais tout aussi pénétrant, celui les couffins d'alfa, qui rappelle l'odeur de foin coupé. Par-dessus tout plane un insaisissable mélange fait de sueur, de cuir tanné et de poussière chaude.
Dans les dernières oasis du Sud qui jalonnent la route transsaharienne, les marchés enveloppés de poussière rouge sont engourdis par la chaleur; rassemblés sous une construction en arcades de terre battue, les marchands, presque tous des vieillards, hommes ou femmes sans âge, attendent de vendre la poignée de dattes pas encore mûres ou la bimbeloterie dérisoire gui remplit les paniers.
Ils semblent pétrifiés dans une immobilité hors du temps: vieilles aux bras maigres où chante l'argent des bracelets, visages ridés où seuls vivent les yeux dans l'ombre du chèche noir. C'est déjà une certaine image du Sud que donnent ces silhouettes vêtues de bleu où l'on ne distingue des visages qu'un regard énigmatique, tourné vers un autre monde, silhouettes furtives entrevues à la limite de l'oasis, là où les derniers palmiers d'Aïn Salah se laissent absorber par le désert.

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jeudi 6 octobre 2011

De quel pays es-tu?

A la rubrique "PAYS", le Dictionnaire Robert donne, entre autres, plus évidentes, cette définition:
"Région géographique, plus ou moins nettement limitée, considérée dans son aspect physique ou humain"

On est d'un pays à ce sens là du terme lorsque le cœur bat au rythme de ce pays, lorsque l'on reconnaît cet indéfinissable souffle de l'air en train de changer, ce nuage apparemment innocent prêt à crever, cette couleur de l'horizon annonçant l'orage aux aguets. C'est comme une adhésion de tout l'individu aux formes, aux couleurs, aux odeurs du paysage qui fait dire: "j'appartiens à cette terre".

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J'ai grandi en citadine jusqu'à l'adolescence.
Ma mère et mes grands-parents maternels étaient né en ville et, pour eux, la campagne était liée exclusivement aux dimanches et aux vacances. Mon père quant à lui avait "désappris" la campagne mais en avait gardé une nostalgie profonde que l'acquisition de la Grange neuve effacera enfin.
A cinq ans j'ai découvert l'Océan dont le mouvement et l'odeur me deviendront vite indispensables.
Adolescente, j'ai enfin pu parcourir à ma guise, en vélo ou à pied, des kilomètres de chemins de terre dans un territoire forézien qui avait échappé au remembrement des terres agricoles et offrait beaucoup de similitudes avec le bocage vendéen.



Lorsque les quatre roues de ma première voiture m'offrirent enfin la liberté dont je rêvais, j'explorais tous les paysages et je me crus, successivement, de tous les pays traversés: j'étais chez moi sur les chemins ardents et aromatiques du Lubéron, dans la blancheur des Alpilles, dans les bois sombres et austères de la Haute-Loire, face aux sommets bleuis de la combe savoyarde, sur les routes verdoyantes du Brionnais, où le brouillard au petit matin, accrochait des perles étincelantes aux arbres...

Un jour, je fis la rencontre du désert algérien et mon regard se perdit dans l'onde rousse des dunes, océan faussement immobile et scintillant à l'aplomb du soleil de midi, faiseur de mirages...

Plus tard, je pensais me reconnaître dans les plateaux crayeux du Vercors, les routes trouant l'ombre bleu marine des pentes, les chemins débouchant sur d'improbables prés noyés de soleil, enluminés par l'explosion des fleurs de montagne. J'y bâtissais en rêve ma maison.

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Mais, les retrouvailles définitives avec l'Océan datent de 1997 et, en lui, je reconnus enfin mon pays

Je sais aujourd'hui que le même sentiment d'appartenance unit en moi les couleurs du désert saharien, les brouillards qui estompent les contours de la plaine forézienne et le mouvement inlassable de l'Océan.

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Voilà de quoi combler le poisson zodiacal qui est inscrit en moi!

vendredi 23 septembre 2011

La Pentapole

Ghardaïa
Ghardaïa, capitale de la Pentapole [1] Pour en savoir plus...[2]

De Laghouat à Gardhaïa, la route est sans doute une des plus belles d'Algérie, malgré l'air étouffant, malgré la luminosité incandescente du soleil à l'horizon qui plombe le ciel, belle et déconcertante: chaque kilomètre y révèle un paysage différent, un nouvel aspect du désert; aux étendues pierreuses succède un décor torturé, dans lequel les blocs de rochers se bousculent et se chevauchent. Et, à l'horizon, derrière nous, le ciel se voile de couleurs indéfinissables,les roses se fondant au milieu des bleus pâlis d'une atmosphère trop lumineuse. Décor mobile où le regard surpris se heurte à une image sans cesse renouvelée.
A la fin du trajet, la route s'insinue à l'intérieur d'une enfilade de blocs rocheux d'ocre pâle, cailloux qui dévalent le long des pentes, poussière qui vole dans l'air chaud; et puis, au débouché d'un dernier virage, apparaît soudain l'oasis de Gardhaïa, sans doute la plus belle et le plus riche.

Gardhaïa est nichée au creux de la vallée, les collines rocheuses qui l'entourent masquent les autres villages de la Pentapole, Beni-Isguen, de bleu et d'ocre au soleil couchant, Melika, la rousse, El Ateuf et Bou-Noura. Tu avais dit: "Il faut voir le soleil se lever sur Gardhaïa... Pendant les préparatifs du voyage, à elle seule, sans que nous ayons la moindre idée de sa réalité concrète, Gardhaia symbolisait à elle seule toutes les découvertes qui nous attendaient. Par une étrange ironie, nous n'aurons pas vu le soleil se lever sur Gardhaia, mais de cette oasis sereine je garderai la vision colorée du marché et l'exceptionnelle lumière enveloppant Beni-Isguen au couchant.
Depuis Laghouat jusqu'à Aïn-Salah, ce sera chaque fois la même impression, la même émotion lorsque surgira brusquement à l'horizon le vert sombre des palmiers nés du désert. Ce qu'il y a de plus surprenant dans chaque palmeraie ce sont ses limites précises: la plantation s'étire, s'étire, va à la rencontre du désert et s'interrompt d'un coup comme si venait de se dresser une barrière invisible gui empêche les palmiers de pousser au-delà. De toutes les oasis que nous avons traversées, ce sont sans doute celles de la Pentapol qui m'ont le plus impressionnée:

Melika dressant sur le piton rocheux le minaret étrange de sa mosquée, Melika aux maisons d'ocre rouge qu'embrase le soleil, Gardhaïa, endormie au milieu de ses palmiers, toute en dédale de ruelles où courent les enfants, où s'ouvrent d'incroyables échoppes, où l'on découvre, entassées parmi les couffins d'alfa odorant, des vanneries où chantent les couleurs, Gardhaïa gui s'anime chaque jour vers dix sept heures, lorsque renaît le marché au cœur de la ville, univers coloré et sonore que domine le long sanglot des ânes attachés en pleine chaleur.

La plus belle de toutes les villes de la Pentapol est certainement Beni-Isguen, "la ville sainte". On n'entre pas à n'importe quel moment à Beni-Isguen, l'accès de la ville, fortifiée comme toutes celles de la Pentapol, est interdit aux heures de prière ainsi que le vendredi. Les Mozabites qui règnent sur la région y conservent jalousement la tradition du Coran dans sa pureté et son intransigeance. Pourtant les ruelles de la petite ville n'ont pas un aspect sévère, le peinture bleue des maisons, à l'architecture étrange y dispense une impression de fraîcheur que rend encore plus sensible la présence des puits à chaque détour de rue. Les maisons accolées les unes aux autres ont des formes indéfinissables où les angles n'existent pas. Harmonie des formes et des couleurs que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Chaque entrée ouvre sur un couloir sombre qui semble s'enfoncer sous la maison: au fond du couloir, peinte sur le mur ou imprimée avec un verset du Coran, brille la traditionnelle main qui protège contre le mauvais sort. Mais l'obscurité dissimule l'entrée véritable. Lorsque l'on assiste au coucher du soleil, de la route d'El Goléa gui surplombe la Pentapole, on découvre Beni-Isguen au premier plan et la lumière du soir fait briller les ocres et les bleus de ses demeures d'un reflet encore accru. De la ville monte une indicible impression le calme et de sérénité.

Secouée de leur torpeur, les ruelles s'animent en fin d'après midi, à l'heure du "marché aux enchères", étrange ballet, incompréhensible d'abord et qui devient vite fascinant. Délégués par des commerçants, les commis font le tour de la minuscule place, en courant presque, brandissant à bout de bras ce qu'ils offrent aux "clients" assis tout autour sur les marches de pierre qui bordent les maisons. Et c'est un incroyable mélange d'étoffes, de vaisselle dépareillée qui défile à toute allure devant nos yeux. Passe même un petit vieux gui pousse devant lui une antique bicyclette branlante, celui-là même oui, il y a cinq minutes qui proposait une cuvette émaillée. Un Mozabite nous avait, du geste, offert un morceau de couverture pour que nous puissions nous asseoir sur la chaussée, à côté de lui, devant la porte de sa maison. Pour tout discours, un sourire..

Et l'agitation des commis qui tournent inlassablement autour de la place contraste étrangement avec la placidité de ces hommes assis là, vieillards aux traits calmes, indifférents, semble-t-il, à la vente, les yeux tournés vers un rêve intérieur sans fin.

Le désert impose sa gravité et son intransigeance, Gardhaia offre la fête.
Fête des sens exaltés par l'odeur indéfinissable qui imprègne l'atmosphère du marché, fête de la lumière - lumière rouge sur Melika, ardente et sauvage, lumière bleutée et pâlie, au couchant, sur Beni-Isguen - fête de l'accueil, débauche de musique dans le jardin de le palmeraie, bruit de l'eau qui coule dans la nuit...Algérie impérieuse et fascinante... la chaleur décuple les sensations et allonge le temps. Dans le jardin de la maison, au milieu de la palmeraie, les tapis ont été étendus sur la terrasse où les torches électriques jettent un éclairage dansant. L'ombre des arbres resserre le jardin, le referme autour des musiciens et des convives. Le temps se décompose en milliers de parcelles vivantes dont chacune reflète une note de musique ou un pas de danse. La réalité se dissout, plus rien n'existe que les reflets mouvants de la lumière dans les feuillages, que l'odeur à peine perceptible de l'odeur de la piscine, que l'ombre mystérieuse des murs de la maison. Heures légères, où le couscous servi dans le grand plat de bois poli par l'usage,le rythme lancinant des darboukas et de la flûte , le balancement de la danse tissent un lien entre les hommes, abolissant le temps et l'espace.

La version originelle de ce texte date de 1973. Au moment de le reprendre, j'ai hésité entre garder le présent utilisé logiquement à l'époque de l'écriture et le remplacer par l'imparfait car je n'ai pas la moindre idée de l'image qu'offrent aujourd'hui ces villes du M'zab que j'évoque ici. J'ai finalement conservé le présent qui rend fidèlement les impressions ressenties à cette époque-là.

Notes

[1] cinq villes édifiées au XIème siècle par les Ibadites dans la vallée du M'zab forment la Pentapole: El Atteuf, "le Tournant", Bou-Noura, "La Lumineuse", Beni-Isguen, "La Ville Sainte", Melika, "La Reine", et Ghardaïa

[2] le site de l'Unesco

mercredi 21 septembre 2011

Une maille à l'endroit, une maille à l'envers...


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Ma grand-mère maternelle, qui était couturière et tenait un magasin de tissus et mercerie, tricotait beaucoup. Je crois que, enfant, je ne l'ai guère vue se livrer à une autre activité que coudre ou tricoter...Elle avait fait du crochet également, de la dentelle pour son trousseau de jeune fille, mais, crocheter la laine, elle n'aimait pas trop. Ce qu'elle aimait c'était les aiguilles: des aiguilles en os à deux pointes pour les chaussettes, que je conserve encore précieusement, de grosses aiguilles en bois, les premières aiguilles en plastique qui figurent également dans mon musée personnel ...
Petite, j'étais fascinée par l'ouvrage qui, progressivement, se déroulait, une architecturer arachnéenne de points légers et ajourés, duveteuse ou chatoyante selon qu'elle utilisait des laines de mohair ou des cotons brillants.
Elle tricotait pour moi d'abord, son unique petite fille et ses travaux grandissaient en même temps que moi: cache-cœur, cardigans, gilets, chaussettes, premiers maillots de bain (eh oui!), robes, pulls...Je crois que j'étais adolescente lorsque je portai pour la première fois une veste en tricot venant du commerce!
Elle tricotait également pour ma mère, de délicates tenues d'intérieur aux couleurs douces et aux laines soyeuses: liseuses, chauffe-épaules, châles.
Ensuite elle tricotera pour ma sœur tardive, j'apprendrai alors sous sa férule les subtilités du montage de mailles, des augmentations et diminutions...
Mais sa gloire personnelle était dans la pratique du jacquard, le jacquard à fils tissés dont l'envers qui reproduisait à l'identique le motif , se devait, disait-elle, d'être aussi net et réussi que l'endroit du travail.
Elle prenait ses modèles dans l'incontournable Modes et Travaux ou les recréait d'après une photo; longtemps après sa mort, j'ai retrouvé un pull réalisé pour ma mère alors jeune femme et qui était la copie fidèle du pull porté par Jean Marais dans L'Eternel Retour:

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Chaque fois que l'ouvrage demandait une virtuosité particulière, elle réalisait sa copie fidèle pour la poupée qui avait alors mes faveurs.[1]

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J'eus un jour cet invraisemblable compliment qui figura pendant longtemps dans le registre de mes "mots d'enfants" rapportés avec un sourire indulgent:
"Tu tricotes si bien! Quand tu seras morte, je mettrai un de mes pulls sur ta tombe..."

Notes

[1] je n'ai pas trouvé de photo où l'on voit effectivement la tenue identique sur moi et sur la poupée...mais, sur celle-ci on aperçoit un gilet dont je me souviens encore!

lundi 22 août 2011

Tipasa (juillet 1973)

A Tipasa , la Méditerranée, dans un ruissellement de soleil et de lumière dorée, venait ourler insolemment la côte, achevant sa perfection dans l'harmonie de la terre rousse, de la pierre défiant les âges et de l'eau qui traverse l'éternité.

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Je ne parvenais pas à dissocier le nom de Tipasa des pages si souvent lues et relues du livre de Camus. Ces "Noces" qu'il célèbre avec la terre d'Afrique et avec le soleil, elles avaient accompagné mon désir jusqu'au départ, à chaque lecture, elles avaient recrée l'univers silencieux de Tipasa, et voilà qu'à cause de cela même,je ne savais plus comment aborder ce lieu!

Les ruines de la ville romaine appartenaient désormais à Camus, qu'avions-nous à y faire, nous, avec nos pauvres sensations, notre impuissance à rendre la subtilité de la lumière, la fine transparence des couleurs?
Les ruines de Tipasa ne nous étaient-elles pas fermées à jamais, ne détenaient-elles pas une vérité à laquelle nous n'aurions jamais accès?

La route suivait une côte tourmentée où la couleur sanglante de la roche heurtait violemment les reflets verts de l'eau...Une coulée chaude où les ocres rouges éclataient à travers les feuillages de pins et d'eucalyptus. Tipasa somnolait sous le soleil de quatre heures quand nous étions arrivés. Il avait fallu quitter la route et s'enfoncer dans le village pour arriver enfin devant la grille qui isolait du vingtième siècle les pierres qui avaient survécu à une civilisation morte. En avançant dans l'allée bordée d'oliviers torturés, on quittait le présent. Les ruines offraient leur dédale, leurs colonnes dissimulées par le fouillis des herbes et des pins.

Tipasa, c'est une débauche de couleurs et d'odeurs, étrange symphonie orchestrée, au rythme des heures, par la Méditerranée. A l'odeur fade de la mer se mêlent les senteurs entêtantes de la terre chauffée au soleil et des térébinthes. Le mouvement des vagues qui lave indéfiniment les pierres à moitié englouties redonne une vie mystérieuse à ces ruines qu'ailleurs le temps aurait figé dans un passé irréversible. Comment décrire Tipasa, étonnamment renouvelée et différente à chaque détour d'allée, chaque avancée de falaise, chaque puits découvert au creux des voûtes envahies d'herbes folles?

Ici les pierres n'appartiennent plus à l'homme, elles sont emprisonnées dans une vie sauvage par la nature qui confond la roche érodée par le vent et le sel et la colonne taillée par les anciens bâtisseurs.

Tipasa, ce n'est pas le témoignage d'un passé offert dans son écrin de verdure, c'est la vitalité d'une terre obstinée où s'enracine la vie.

Le soleil et la mer font revivre chaque arcade, chaque fût de colonne...Bien différente sera l'impression laissée par les ruines sévères de Timgad, écrasées de chaleur, figées dans une lumière blanche qui s'étire jusqu'au mauve incertain des contreforts des Aurès. Timgad...cité morte où le temps fane, à chaque saison, les couleurs pâlies.
Ici, à Tipasa, le soleil couchant accroche une multitude d'étincelles à la surface de la mer qui se teinte d'ombres noires, le soir apporte un apaisement infini à cette terre que la chaleur a embrasée tout le jour d'une vie intense.

L'eau glisse sur les dalles qu'elle polit indéfiniment...
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vendredi 19 août 2011

Traces: Croix-de-Vie


Port-Terrasse en 1959

La maison s'appelait "Port-Terrasse": Le soleil y traçait les mêmes "peignes" que sur les maisons de l'île, mais, à cette époque-là je n'y prêtais pas encore attention! Maison traditionnelle de pêcheur, elle ouvrait ses deux fenêtres principales à la sortie du bourg, au début du remblai menant à la plage de Boisvinet, bordé de villas du début du siècle.
De là on avait vue sur le chenal qui reliait le port à l'océan et sur l'imposante digue dans laquelle un bombardement avait ouvert trois blessures béantes par lesquelles on entrevoyait les dunes bordant la côte plus au Sud et qui avait laissé d'étranges fragments de muraille semblables à d'immobiles icebergs de pierre.


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En sortant de la maison, chaque matin, je prenais à gauche. Après avoir dépassé le vieux môle, je longeais l'abri du canot de sauvetage dont la rampe descendait dans le premier bassin de l'avant-port, je traversais la voie de chemin de fer et je regagnais le port par l'étroite coursive de pierre qui bordait le quai.


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Le port sardinier et thonier vibrait d'une activité qui se propageait depuis les bateaux et la joyeuse pagaille qui animait l'arrivée des pêcheurs, jusqu'aux bâtiments de la criée devant lesquels séchaient les filets à ramender et la halle aux poissons décorée de mosaïques aux couleurs vives, qui se dressait de l'autre côté du quai.

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Chaque soir, face au chenal, je guettais le retour des sardiniers...


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A Croix-de-Vie, j'appris l'Océan...et la photographie...[1]

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Notes

[1] clichés pris avec un Kodak Retina, film Kodak pour diapositives, l'appareil que j'utilise là, mon premier, est un Kodak Brownie