Derrière le vieux mur en pisé qui limite notre terrain,
Le propriétaire de la maison voisine entretient une caquetante basse-cour:
Oies, canards, poules qui courent en liberté
Dédaignent le jardin en friche, chambolent sur le chemin
Et explorent à l'envi la cour du paysan d'en face.
Ce matin, allant cueillir une fraîche salade dans mon potager,
J'aperçus une pimpante poule noire et blanche,
Qui picorait dans l'herbe tondue rasibus.
Las! plus tard, accompagnant, dans sa promenade revigorante,
L’Homme qui marche encore de guingois,
Dame poule était toujours là!
A peine eus-je le temps de crier dans un furieux hourvari:
"Uppy, Ici, aux pieds!", que, dans un randon furieux,
Notre chienne, plus ingambe que son maître,
S'élança sur la poule toute affolie qui glapissait.
Ce n'était pas une riflade! Je retrouvai le malheureux volatile
Dans les hautes herbes du pré, frappé de malemort,
Tombé sous les coups de notre chienne devenue imbriaque!
Ce bissêtre me donna bien du marisson!
Pour vérifier le sens des obsolètes, faites un tour: par là
Mot-clé - mots
mardi 7 mai 2013
Requiem pour une poule
Par Anthom le mardi 7 mai 2013, 15:25 - quotidienne forézienne
jeudi 14 mars 2013
Wörter, words...et autres Mots
Par Anthom le jeudi 14 mars 2013, 10:15 - petits écrits
Inspiré du dernier billet d'Obni...
A nimer les choses,
I llustrer le réel,
M urmurer l'illusion
E clairer le quotidien,
R éenchanter la grisaille,
L es Mots
E légamment
S ignent la pensée
M usique
O nirique,
T alismanique,
S altimbanque.

mercredi 13 mars 2013
Délire alphabétique
Par Anthom le mercredi 13 mars 2013, 15:59 - petits écrits
J'ai eu envie de me prêter au jeu d'Obni...
Araignée: "pourquoi pas libellule ou papillon?"
Balivernes: venez danser dans ma...
Caverne...
Dés: au jeu de la vie et du hasard
Envie de soleil, de printemps, de renouveau
Fugaces comme mes paroles
Grange, la mienne, qui me tient lieu de refuge
Hémisphère: l'une sourit, l'autre pleure
Informatique: je ne saurais pas m'en passer
Jour après jour, vivre
Kirikiki dit le coq allemand
Lire, passionnément
Murmure: celui du ruisseau qui chante, celui des mots
Nuage: il emmène mes rêves sur les ailes du vent
Oulipo: beaucoup pratiqué dans une autre vie
Poète: l'artisan des mots
Qui suis-je?
Rire: celui de mes petits-enfants
Sourire: celui de mes enfants
Tintin, inusable, lu et relu...
Utile, c'est Julien Clerc qui le dit
Voir et donner à voir
Wait and see: je ne sais pas faire
Yod, souvenir lointain
Zénon, mais d'Elée!
mardi 5 mars 2013
Un petit dernier pour la soif...
Par Anthom le mardi 5 mars 2013, 15:52 - la tête dans les nuages
Pour finir ce florilège de certains de mes textes préférés de cet orfèvre de la langue qu'est F. Ponge:

L'orange
Comme dans l’éponge il y a dans l’orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l’épreuve de l’expression. Mais où l’éponge réussit toujours, l’orange jamais : car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirés. Tandis que l’écorce seule se rétablit mollement dans sa forme grâce à son élasticité, un liquide d’ambre s’est répandu, accompagné de rafraîchissement, de parfums suaves, certes, - mais souvent aussi de la conscience amère d’une expulsion prématurée de pépins.
...
Mais ce n'est pas assez avoir dit de l'orange que d'avoir rappelé sa façon particulière de parfumer l'air et de réjouir son bourreau. Il faut mettre l'accent sur la coloration glorieuse du liquide qui en résulte, et qui, mieux que le jus de citron, oblige le larynx à s'ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l'ingestion du liquide, sans aucune moue appréhensive de l'avant-bouche dont il ne fait pas se hérisser les papilles.
Et l’on demeure au reste sans paroles pour avouer l’admiration que mérite l’enveloppe du tendre, fragile et rose ballon ovale dans cet épais tampon – buvard humide dont l’épiderme extrêmement mince mais très pigmenté, acerbement sapide, est juste assez rugueux pour accrocher dignement la lumière sur la parfaite forme du fruit.
Mais à la fin d’une trop courte étude, menée aussi rondement que possible, - il faut en venir au pépin. Ce grain, de la forme d’un minuscule citron, offre à l’extérieur la couleur du bois blanc de citronnier, à l’intérieur un vert de pois ou de germe tendre. C’est en lui que se retrouvent, après l’explosion sensationnelle de la lanterne vénitienne de saveurs, couleurs et parfums que constitue le ballon fruité lui-même, - la dureté relative et la verdeur (non d’ailleurs entièrement insipide) du bois, de la branche, de la feuille : somme toute petite quoique avec certitude la raison d’être du fruit.
Francis Ponge: Le parti pris des choses (1942)

lundi 4 mars 2013
Et la mie?
Par Anthom le lundi 4 mars 2013, 14:10 - la tête dans les nuages
Le Pain (suite):
...sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges: feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent: elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable.
Mais brisons-la...
Francis Ponge: Le parti pris des choses (1942)

vendredi 1 mars 2013
La barque
Par Anthom le vendredi 1 mars 2013, 12:53 - la tête dans les nuages
La barque
La barque tire sur sa longe, hoche le corps d'un pied sur l'autre, inquiète et têtue comme un jeune cheval.
Ce n'est pourtant qu'un grossier réceptacle, une cuiller de bois sans manche: mais creusée et cintrée pour permettre une direction du pilote, elle semble avoir son idée, comme une main faisant le signe couci-couça.
Montée, elle adopte une attitude passive, file doux, est facile à mener. Si elle se cabre, c'est pour les besoins de la cause.
Lâchée seule, elle suit le courant et va, comme tout le monde, à sa perte, tel un fétu.
Francis Ponge: Le parti pris des choses (1942)

mercredi 27 février 2013
Le Pain
Par Anthom le mercredi 27 février 2013, 12:48 - la tête dans les nuages

Le pain
La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'elle donne: comme si l'on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses...Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
...
Mais brisons-la: car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.
Francis Ponge Le Parti pris des choses (1942)

mardi 26 février 2013
Le Feu
Par Anthom le mardi 26 février 2013, 10:36 - la tête dans les nuages
Le Feu
Le feu fait un classement: d'abord toutes les flammes se dirigent en un quelque sens...
(L'on ne peut comparer la marche du feu qu'à celle des animaux: il faut qu'il quitte un endroit pour en occuper un autre; il marche à la fois comme une amibe et comme une girafe, bondit du col, rampe du pied)...
Puis, tandis que les masses contaminées avec méthode s'écroulent, les gaz qui s'échappent sont transformés à mesure en une seule rampe de papillons.
Francis Ponge: Le parti pris des choses (1942)

lundi 25 février 2013
En attendant le printemps...
Par Anthom le lundi 25 février 2013, 13:36 - la tête dans les nuages
Francis Ponge est un de ceux qui habitent mon jardin secret: je voue une admiration sans bornes à ce poète dont le regard décode le réel avec une précision d'entomologiste, mais qui, en même temps, sublime ce réel grâce au pouvoir des mots.
Pour tromper le retour désespérant de l'hiver et prendre patience en attendant les prémices du printemps, je me propose de vous offrir certains des textes de Ponge qui me touchent particulièrement, en les habillant d'images.
La bougie
La nuit parfois ravive une plante singulière dont la lueur décompose les chambres meublées en massifs d'ombre.
Sa feuille d'or tient impassible au creux d'une colonne d'albâtre par un pédoncule très noir.
...
Cependant la bougie, par le vacillement des clartés sur le livre au brusque dégagement des fumées originales encourage le lecteur, - puis s'incline sur son assiette et se noie dans son aliment.
(Le Parti pris des choses)

mardi 8 janvier 2013
Voyelles: U
Par Anthom le mardi 8 janvier 2013, 10:56 - la tête dans les nuages
"U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;"
Rimbaud
ChUt!....
Le monde s'endort dans ce pUits de verdure où bUtinent, lUtinent et pUllUlent les insectes;

un moustique fugace,

une libellule funambule
s'enivrent de la lUmière qui s'écoule entre les herbes que le vent fait brUire et mUrmUrer.
lundi 7 janvier 2013
Voyelles: I
Par Anthom le lundi 7 janvier 2013, 09:28 - la tête dans les nuages
"I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;"
Rimbaud associe donc le I au rouge, quelle idée? Moi, je l'aurais davantage vu jaune ce I éclatant qui a toujours l'air de rIre!
"I pourpre"...Ah! le traître! J'ai dévIdé patiemment l'écheveau de mes fIchIers photo, j'ai suIvI le fIl des dossIers..
Du rouge, point!
Que voulez vous faire d'une minuscule baie d'arbousier nichée au creux du vert éclatant de la haie?
Que voulez-vous faire du liseré rouge sur la cambrure d'un bateau de pêche?
Où trouver de la passion, du sang dans tous ces clichés? Aucune trace, même InfIme, dans les tréfonds de la mémoire de mon ordinateur!
Même le rouge de ce coquelicot qui évoque les couronnes déposées par les Anglais dans les champs de la Somme au mois de novembre, s'adoucit dans son écrin d'herbes folles!

Même l'épanouissement voluptueux de ces hortensias dans la chaleur de l'été se teinte de roux et de vert!

En écho à Rimbaud, Zola décrit "des roses lie-de-vin, presque noires, saignantes, (qui) trouaient cette pureté d’épousée d’une blessure de passion."
Je n'ai trouvé que le rose profond d'une fleur de rhododendron, dévoilant l'intImIté coquIne de sa robe!

dimanche 6 janvier 2013
Voyelles: E
Par Anthom le dimanche 6 janvier 2013, 16:51 - la tête dans les nuages
" E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;"
Un jour de l'hiver passé où la neige s'était invitée à la Grange Neuve:
Une guirlande de E tout en blancheur un peu glaciale et frissonnante comme le suggère Rimbaud!

Oiseau caché dans l’entrelacs des branches dessinées en Eau-fortE,

SoufflE ÉphEmErE des cristaux de nEige,

ElEgance de l'arbre altiEr habillé de blanc,

FinEsse arachnEEnne du givre étoilé,

MystEre envoûtant de la nEigE pénétrée d' un rayon de soleil!
samedi 29 septembre 2012
Un ptit jeu entre nous
Par Anthom le samedi 29 septembre 2012, 18:54 - petits écrits
Je n'ai pas eu grand mérite à trouver la solution au dernier épisode du jeu proposé par Jathénaïs, relayé par Gilsoub, les lecteurs précédents ayant largement déblayé le terrain...
C'est donc à moi de m'y coller et de proposer un extrait à votre sagacité. Il s'agit d'un extrait de livre. Un roman bien écrit, qui distille la fraîcheur acidulée d'un bonbon aux fruits...
J'ai choisi un passage qui me parle particulièrement:
Plus tard, je me consacrai davantage à collectionner les mots et à accéder aux mondes cristallins de la poésie hermétique. Mais derrière toute collection se dissimule la même irrépressible aspiration aux mondes enchantés que recèlent les choses dormantes. Enfant, je tenais un cahier de vocabulaire où je notais des mots particuliers, tout comme je ramassais les pierres et les coquillages remarquables. Les mots étaient répartis en catégories telles que "beaux mots", "mots laids", "mots trompeurs", "mots intervertis", et "mots secrets". Parmi les "beaux mots", j'avais répertorié, entre autres, prairie, violet, allégorie, griotte, arbre à pain, arc-en-ciel, nuage. Parmi les "mots laids", on trouvait goitre, moignon, chicot, graillon. Les "mots trompeurs" me révoltaient parce qu'ils se faisaient passer pour anodins mais pouvaient s'avérer lourds de conséquences ou carrément menaçants comme "effet secondaire" et "piquant". Ou alors ils évoquaient quelque chose de magique- "ceinture de sauvetage", "roulement à billes"- et se révélaient au bout du compte d'une décevante banalité. Sans parler de ceux qui désignaient quelque chose qui n'était clair pour personne: il n'existait vraisemblablement pas deux pékins au monde qui se représentaient la même couleur lorsqu'ils entendaient le mot "amarante"...
A vous de jouer...
dimanche 22 avril 2012
Un petit peu de vocabulaire...
Par Anthom le dimanche 22 avril 2012, 10:42 - c'est la vie
Que nous dit Le Grand Robert?
URNE:
1 Vase qui sert à renfermer les cendres d'un mort.
Quelles espérances vont se réduire en cendres dans l'urne de ce dimanche?
2 (1503). Vase antique à flancs arrondis, servant notamment à puiser de l'eau.
Autour des tables rondes télévisuelles, chacun, ce soir, va alimenter le débat grâce à l'eau puisée dans les urnes
3 (1549). Vase, récipient dans lequel les anciens recueillaient les suffrages.
Bon, ça, on sait...
4 (1797). Bot. Partie du sporange des mousses en forme d'urne, fermée par un capuchon (coiffe, opercule) qui se détache à maturité.
Quelle fleur va éclore de la maturité de ces sporanges étrangement transparentes et cadenassées?
5 (1970). En statistique, dans le calcul des probabilités, Échantillon sur lequel se fait un tirage.
Rassurez-vous, braves citoyens, dès ce soir les urnes vont parler par la voix des SOFRES, IPSOS et autres Cassandre politiques!
Aux urnes, donc!
samedi 17 mars 2012
Lecture éblouissante
Par Anthom le samedi 17 mars 2012, 11:11 - la tête dans les nuages
Je ne ris que très rarement les romans qui ont obtenu le Prix Goncourt, dont j'ai tendance à me méfier beaucoup! Du coup, je ne lis pas les critiques saluant les récipiendaires annuels. Mais, l'autre jour, furetant dans les rayons de l'unique librairie de l'île, je me suis laissé tenter par le livre d'Alexis Jenni, lauréat 2011 avec L'Art Français de la guerre.
J'ai été éblouie! Prise par l'écriture fluide et accomplie, séduite par la façon dont l'auteur parle de la peinture et du dessin, ébranlée enfin par la manière dont il traite un sujet épineux et ardu.
lundi 12 mars 2012
Ganivelles
Par Anthom le lundi 12 mars 2012, 08:16 - sur l'île
Ganivelles...un mot pas sérieux, qu'on ne trouve dans aucun dictionnaire,

La ganivelle fait des galipettes en descendant la dune,
Détachée, délivrée, elle se détend comme un ressort et se déroule comme une manivelle,

Généreuse, elle laisse couler le sable entre ses doigts fins de châtaignier.
