Lorsque nous arrivons dans notre maison de l'île , mon premier réflexe, lorsque j'ouvre la porte, est de humer l'atmosphère :soulagement, elle sent toujours pareil... Les parfums occupent une place importante dans ma perception du monde.
La mémoire de mon enfance emprunte les chemins de l'odorat...
Le parfum qui me ramène aux années les plus lointaines est celui du cuir: précieux, celui qu'exhalaient les cartons de la ganterie de la rue du Chambon, prégnant, celui de la cordonnerie où nous allions faire ressemeler les chaussures, au bout de notre rue, boutique illuminée par le sourire dont ne se départissait jamais le cordonnier, Monsieur Phirmis, un grand noir à la bonne humeur constante, entretenue par l'arrivée régulière d'un nouvel enfant dans son foyer.

Me revient aussi l'odeur poivrée des œillets rouges que mon père offrait à ma mère, L'odeur douceâtre de la pâte "anti-cambouis" et de l'huile dans le garage-atelier de mon grand-père, Le parfum frais du bois qui baignait l'atmosphère autour des scieries du Chambon-sur-Lignon, La buée odorante qui montait de la lessiveuse dans laquelle bouillaient draps et torchons, sur la cuisinière, les jours de lessive à la maison et qui baignait de moiteur la petite cuisine, accrochant des gouttelettes aux carrelage de faïence.

Plus tard les odeurs sont associées aux vacances à l'Océan: La senteur de l'iode à la marée montante dans le port ou le long du chemin littoral, plus entêtante quand elle montait des algues séchées sur la grève - de là me vient ma prédilection pour les cosmétiques aux fragrances marines- Par dessus tout l'âpre odeur de coaltar qui saisissait à la gorge lorsqu'on entrait dans le magasin d'accastillage et que je retrouve dans les arômes de goudron qui caractérisent les thé fumés, ceux que je préfère.

Les parfums de la Grange Neuve s'attachent à l'adolescence:
L'odeur chaude de l'étable à l'heure de la traite,
Celle des pommes sûres qui finissaient de mûrir dans les cellier,
Le parfum grisant du foin fraîchement coupé en juin,
L'odeur inquiétante, exaltée par la nuit, du charbon de la locomotive lançant ses escarbilles au vent, lorsque la voie de chemin de fer passant derrière la maison n'étant pas encore électrifiée,

Oserai-je évoquer l'odeur du fumier qui s'attardait dans la nuit et que je respirais et que je respire toujours avec délices?
Et surtout il me revient celle qui monte de la terre chaude délivrée enfin de la pesanteur par l'averse d'été !

les volubilis sur la barrière de la cour